Le dimanche 17 septembre 2006
Phil le dingue en plein travail... Philippe Boucher est l'un des joueurs de poker québécois les plus actifs au niveau mondial. Il avoue avoir gagné de 4 à 500 000$ depuis 12 mois en jouant sur Internet.
POKER...
Rencontrez donc Phil le dingue
Quand sa femme quitte pour le travail, Philippe Boucher devient Phil le dingue. De chez lui à Atlanta, il se branche sur le site de Partypoker et se met à jouer sur 10 tables en même temps. Il mise un total de 20 000 $ contre 50 adversaires simultanément, et une seule mauvaise décision peut lui coûter 2000 $. Si cela lui arrive, son fonds de roulement de 70 000 $ lui permet de racheter immédiatement la même somme afin d'avoir toujours 20 000 $ en jeu.
Originaire de Québec, Philippe Boucher, 24 ans, étudiait en génie électrique quand il a eu la piqûre. Il a commencé par jouer pour de petites mises, a remporté quelques tournois locaux. «Ça me faisait de l'argent pour la fin de semaine.» Une poignée d'amateurs québécois échangeaient des conseils sur le babillard Princepoker et progressaient. Quand l'effet Moneymaker s'est fait sentir en 2003 (l'amateur qui a remporté le Championnat du monde), Philippe a commencé à récolter les profits. «À l'époque, il y avait environ 1000 joueurs en ligne sur Pokerstars, en ce moment, ils sont 92 000.»
Pendant cinq heures, Philippe fixe ses deux écrans d'ordinateur et tente de faire fructifier ses 10 tables de Texas Hold'em. Cinq mille mains différentes défilent. Il en joue à peu près le tiers, toutes les autres sont bonnes à coucher : les 10-2, les valet-7, les 4-3 (une main de départ au Hold'em est composée de deux cartes), même si une fois de temps en temps, il se décide pour un coup de dingue et mise avec 9-5 comme s'il avait une paire d'as. Quand sa journée de travail se termine, Philippe compte ses profits : 5000 $ pour une journée type. Philippe Boucher évalue avoir gagné de 4 à 500 000 $ depuis 12 mois en jouant au poker sur Internet.
Las Vegas
Au début du mois d'août 2006, Philippe part avec sa femme et leurs deux chiens pour Las Vegas où ils ont loué une maison. Elle et lui se sont rencontrés lors d'un voyage aux Bermudes et comme le «métier» de joueur de poker sur Internet permet une totale mobilité, Philippe s'est installé avec elle à Atlanta.
Philippe participe à 13 tournois des séries mondiales de poker. Le jeu de tournoi diffère complètement du jeu sur Internet, ne serait-ce que par le rythme : en 12 heures, on voit seulement 300 mains. Mais Philippe excelle aussi en tournoi, il fait deux fois l'argent et se retrouve parmi les meneurs de l'événement principal après deux jours. Bilan financier de son mois : il a couvert ses dépenses. C'est d'ailleurs son seul mois non profitable en 2006.
Nicolas Fradet, joueur professionnel depuis 2002, trouve que le style de Philippe ressemble au sien. Tous deux jouent beaucoup plus de mains que ce qui est recommandé, ce qui a pour effet de projeter l'image d'un joueur faible, souvent en train de bluffer, et permet de se faire payer les grosses mains, justement parce que l'adversaire croit qu'on essaie de le bluffer.
Les deux règles d'or de Philippe Boucher sont celles de tout joueur gagnant. Jouer aux bonnes tables selon sa force réelle. Et surtout, posséder le fonds de roulement nécessaire pour supporter les écarts statistiques inévitables et survivre aux bad beats- les situations où le favori se fait battre par un tirage chanceux. Par exemple la paire de valets de Jean-Philippe Piquette qui perd contre une paire de 7, comme cela lui est arrivé au Main Event et comme cela se produit tous les jours.
Bien sûr, Phil le dingue a aussi des journées perdantes qui lui coûtent 15 000 $ et plus, «mais c'est de la routine à niveau-là», dit Nicolas Fradet, lui aussi coutumier des grosses mises.
L'outil de travail préféré de Philippe est son logiciel Pokertracker, qui lui permet de compiler une foule de statistiques. Sur ses résultats d'abord. Et sur ses adversaires, dont il sait s'ils sont gagnants, prudents, ou payants pour lui.
Philippe Boucher n'est pas dingue, mais il faut avouer que Phil le minutieux n'aurait pas fait un très bon pseudonyme pour un joueur de poker.
Pour joindre notre chroniqueur :
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Photo Paul A. Genest, collaboration spéciale